‘Le nouveau né’ de Maria Montessori

On m’a parlé d’un homme qui vivait dans l’obscurité la plus profonde; ses yeux comme le fond d’un abîme n’avaient jamais vu la plus légère clarté.
On m’a dit qu’un homme vivait dans le silence : jamais le bruit le plus imperceptible n’avait atteint son oreille…
J’entendis parler d’un homme qui vivait immergé dans l’eau : une eau d’une étrange tiédeur; et qui, brusquement, sortit à l’air dans les glaces.
Il déploya ses poumons qui n’avaient jamais respiré (les supplices de Tantales seraient minces en comparaison) mais il sortit victorieux. L’air détendit d’un trait ses poumons repliés depuis toujours, et alors l’homme cria. Et l’on entendit sur la terre une voix tremblante que jamais on n’avait entendue, sortant d’une gorge qui n’avait jamais vibré.

C’est l’homme qui sortait du repos. Qui pouvait imaginer ce qu’est le repos absolu, le repos de celui qui n’a même pas le mal de manger parce que d’autres mangent pour lui, qui vit dans l’abandon de toutes ses fibres parce que d’autres tissus vivants fabriquent la chaleur nécessaire à sa vie? Ses tissus les plus intimes n’ont pas à travailler pour le défendre des poisons et des bacilles, parce que d’autres tissus font ce travail pour lui. Et l’oxygène qui lui est donné sans qu’il respire, par un privilège unique.
Seul, son coeur a travaillé. Avant même de venir au monde, son coeur a battu deux fois plus vite que tout autre coeur. Et je compris que celui-là, c’était le coeur d’un homme . Et maintenant, le voilà qui s’avance, qui assume tous les travaux, blessé par la lumière et par le bruit, fatigué jusque dans les fibres les plus intimes de son être, poussant le grand cri. Pourquoi m’as-tu abandonné?

(Extrait de L’enfant)

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