Les nuits d’un bébé

Voici un sujet de grande préoccupation pour les parents et la société. Comment un bébé dort-il, s’il se réveille et s’il réveille ses parents la nuit. Qui n’a pas entendu : « alors ça y est, il fait ses nuits ? » ou alors des jeunes parents vous annoncer avec fierté que leur nourrisson d’un mois fait « enfin » ses nuits et qu’ils arrivent à respirer et avoir un peu de temps pour eux ? Ou bien qu’on vous dise « mais tu es sûr que tu n’as pas fait quelque chose à l’envers si ton bébé ne fait pas encore ses nuits ? »

D’abord il sera question des faits biologiques concernant l’être humain et le sommeil, puis du conflit entre ces besoins physiologiques et les normes culturelles sur le sommeil, les effets du laisser pleurer, les tétées nocturnes et quelques remarques sur le cododo.

 

1 Faits biologiques : l’être humain et le développement du cerveau

a.Cerveau immature

Après les 9 mois de gestation, lorsque le nourrisson vient au monde, il est extrêmement vulnérable, contrairement aux bébés d’autres animaux qui sont déjà en mesure de tenir debout et de se déplacer.  L’être humain est en effet un cas particulier, il est probablement celui qui naît le plus vulnérable et le ‘moins’ fini. Il est incapable de se déplacer, de se nourrir, de se rassurer seul. Pourquoi ? des anthropologues ont élaborés la théorie selon laquelle le corps humain expulse le bébé non pas lorsqu’il arrive à maturité, mais lorsque le placenta n’est plus en mesure de subvenir aux besoins nutritifs du bébé correctement et que le bassin va devenir trop étroit par rapport au périmètre crânien. Le cerveau n’est donc lui aussi pas encore arrivé à maturité, et une part conséquente de cette maturation va avoir lieu à l’ex-utéro. Cette croissance ex utéro est une spécificité à l’être humain mais également ce qui fait de lui un être vivant exceptionnel, dont le potentiel et capacités de développement sont extrêmement importantes.

Un bébé humain est donc un être entièrement dépendant de ses parents. Il a besoin d’eux pour se nourrir, se rassurer, s’endormir, se déplacer, découvrir le monde.  C’est une simple réalité biologique.

« R.D Matin un anatomiste des primates et paléontologiste dit que les humains ont une gestation de 21 mois. 9 mois in utéro et 12 mois à l’extérieur. »

traduit de Meredith F Small ‘Our babies, Ourselves.’

Meredith F Small explique donc par conséquence que ‘faire ses nuits’ est un mythe culturel. La réalité biologique est que le cerveau à la naissance de l’enfant ne sait pas enchaîner les cycles de sommeil. Toutes les connexions ne sont pas prêtes, mais encore en cours de construction.

faire ses nuits

b. Instinct de survie

Mais cela répond aussi à une nécessité : celle de survivre, en s’assurant qu’on est entouré et en ne tombant pas dans un sommeil trop profond.

dormirseul

Les réveils fréquents permettent aussi au bébé de ne pas sombrer dans un sommeil trop profond et d’éviter l’apnée du sommeil, ce que démontrent les expériences sur le sommeil humain de l’anthropologue James McKenna.  Le bébé peut ainsi s’assurer qu’il est entouré et apprendre à maîtriser les différentes manières de respirer dans son sommeil s’il est en présence d’adultes. C’est donc une forme de protection contre la mort subite du nourrisson, et le rythme biologique et physiologique du bébé.

cododocitation

 

  1. Une réalité biologique en conflit avec les normes culturelles

Les ethnopédiatres étudient justement les idéologies développées au sein de chaque société concernant la manière dont il est ‘souhaitable’ d’élever les enfants, ce qui est bien pour eux, ou non, les notions qu’ils doivent acquérir pour ‘réussir leur vie’, devenir des membres productifs de la société dans laquelle ils grandissent.

Dans certaines cultures, où la vie se base sur les relations interpersonnelles, l’interdépendance n’est pas perçue comme négative mais positive, dans d’autres, comme la culture occidentale, il est important de devenir autonome, c’est à dire de savoir très vite ne pas dépendre des autres et être capable de faire tout, tout seul.

De cette idéologie, liée à l’organisation du monde du travail, est née celle du bébé qui doit faire ses nuits, pour montrer qu’il a grandi, qu’il est capable de se passer de ses parents, que ceux-ci peuvent enfin se reposer et sont déchargés de la responsabilité de le rassurer la nuit. En effet, comment vont–ils survivre autrement et se lever le matin pour aller travailler ?

Qu’oublie-t-on déjà? qu’un adulte aussi se réveille la nuit, et plusieurs fois. La majorité d’entre nous nous rendormons aussitôt et ne sommes pas conscients lors du changement de cycles de sommeil. Mais un certain nombre d’entre nous se réveillent et n’arrivent pas à se rendormir.

Ce conflit entre réalité biologique et norme culturelle aboutit souvent à des recommandations telles que le laisser pleurer, des techniques d’apprentissage du sommeil parce qu’il faut bien que le bébé comprenne qu’il doit laisser ses parents dormir la nuit.

Sauf qu’un bébé est toujours un petit bout d’être humain, un mammifère, incapable de se rassurer seul, et qu’il fonctionne toujours selon son rythme biologique et non culturel, et de son instinct qui lui dicte comment assurer sa survie : j’ai mal, j’ai trop chaud, j’ai trop froid, j’ai faim, je me sens seul, il y a quelque chose qui m’inquiète – je demande de l’aide.

« Même les experts partisans de’ l’enseignement au sommeil des enfants’ reconnaissent ce fait, l’objectif de leurs méthodes n’est pas d’obtenir que l’enfant ne se réveille plus, c’est impossible. Ce qu’ils veulent, c’est que quand il se réveille, il se taise au lieu d’appeler ses parents et se rendorme sans rien dire ». Carlos Gonzalez, Serre-moi fort.

lesréveils

  1. Que se passe-t-il quand on force un enfant à se rassurer seul ?

a. Un besoin émotionnel est aussi important qu’un besoin de nourriture. Le cerveau a également besoin de se ‘nourrir’, et il le fait grâce à des hormones qui favorisent son développement (comme l’ocytocine) et la sensation de bien-être. Cette sensation de bien-être lui permet d’utiliser ses ressources sur le développement alors que l’augmentation de l’hormone du stress, le cortisol, paralyse des parties du cerveau et les forces du bébé, et ont un impact négatif sur le développement des connexions neuronales. Plus le bébé est placé dans des situations où personne ne répond à ses appels, ou reçoit son message plus il va être sensible au stress, et cette hormone produite de manière importantes, immobilisant ses autres capacités mentales et l’empêchant de devenir résilient. Cela peut aller jusqu’à modifier les gènes. Un livre à lire sur le sujet : ‘Pour une enfance heureuse de Catherine Gueguen.

b. Le principe de l’attachement de Bowlby. Ce n’est pas une théorie mais un principe qui a été prouvé scientifiquement. Les êtres humains pour se développer harmonieusement ont besoin de construire un lien d’attachement, une relation de confiance avec une figure, qui s’occupe d’eux au quotidien, de manière régulière et quasiment exclusive. Cette relation leur permet d’établir des repères dans leurs premières années de vie, un équilibre psychique sur lequel ils pourront s’appuyer dans le futur. Ils peuvent grâce à ce lien développer de la confiance envers le monde extérieur, les autres et en eux-mêmes. Ce lien nourrit le sentiment d’avoir de la valeur et de mériter d’être aimé et rassuré, ce qui permet d’acquérir un équilibre intérieur et de se tourner vers l’extérieur.

Ainsi s’acquiert l’autonomie, par le développement interne de ces notions : confiance, estime de soi, amour. « Un besoin comblé est un besoin qui peut être abandonné. »

Pour pouvoir se détacher il faut avoir pu s’accrocher à quelque chose.

Par ici un lien vers un pdf qui cite l’avis d’une vingtaine d’experts sur les théories d’apprentissage du sommeil et les effets délétères du laisser pleurer, qui abime la confiance que l’enfant a en lui-même, les autres, le sentiment que ce qu’il communique est entendu et a de la valeur.

http://llwynrt.legtux.org/laisserpleurer.pdf

1

  1. Les tétées nocturnes : normal ou pas ?

« La norme, c’est ce que font les enfants allaités : se réveiller plus souvent à partir de 4 mois. Cela a aidé nos ancêtres à survivre. » (Carlos Gonzalez, ‘Serre-moi fort’)

Souvent, les nouvelles mamans qui allaitent découvrent avec surprise que leur bébé tète autant la nuit (voir plus) que le jour. Surprises et décontenancées, elles se demandent si c’est bien normal et tout leur entourage ne cesse de leur répéter à quel point cela doit être fatigant, et que bébé n’en a pas besoin.
Bébé en a besoin. L’allaitement la nuit est crucial pour plusieurs raisons. Il permet à bébé de continuer à stimuler le sein et de garantir une production de lait adéquate à ses besoins, car la règle veut que la production de lait s’adapte à la loi de la stimulation, et que le pic de prolactine, hormone responsable de l’allaitement ait un pic à 3h du matin. Ensuite les tétées nocturnes sont des tétées très nutritives, à savoir que le lait maternel change de composition au cours de la journée en fonction des besoins du bébé et que notamment la nuit le lait a sa forme la plus ‘pure’ c’est à dire la moins teintée par le goût de la nourriture consommée la journée. De plus, durant la nuit, bébé n’est pas distrait par des stimuli extérieurs et va téter en importantes quantités. Rappelons-nous que lorsqu’il naît, le cerveau du bébé n’est pas terminé, il a encore de nombreux câblages à faire, qui lui prendront de nombreuses années. Il est normal donc pour lui de s’alimenter la nuit, qui n’est pas distincte du jour, mais aussi parce qu’une énorme partie du câblage cérébral a en fait lieu la nuit (acquisition, croissance, découverte). La nuit est une période intense de croissance pour un bébé, il a donc besoin de s’alimenter. A cela s’ajoute que ce cerveau pas terminé n’enchaîne pas les cycles de sommeil automatiquement, ce qui est aussi une forme de protection biologique contre un sommeil trop profond prévue par la nature. Bébé se réveille pour éviter une apnée du sommeil, et un ‘oubli de respirer’, et vérifier qu’il est entouré et protéger. Pouvoir téter le tranquillise immédiatement. Téter est un réflexe ancestral, une nécessité première, une protection, un moyen de survie, l’assurance de ne pas être seul. Oui, téter la nuit est normal et même nécessaire.

 

  1. Ce qu’il se passe lorsque l’on fait du cododo

La proximité physique permet de gagner du temps de sommeil et évite les allers-retours et des phases d’éveils trop longues après lesquelles il peut être plus difficile de se rendormir.

La maman et le bébé se synchronisent, autant au niveau de la respiration, que des battements du cœur et des cycles de sommeil. Le bébé apprend donc comment à respirer en dormant.

La maman est dans un état de vigilance accrue et des expériences scientifiques montrent qu’elle vérifie à plusieurs reprises, même en dormant, que son bébé respire toujours, qu’il est couvert suffisamment, qu’il n’a pas trop chaud ou trop froid.

La dyade mère-enfant est sécurisé, paisible, se sachant proche et connectée en permanence.

Le père profite également de cette proximité physique qui provoque une production importante d’ocytocine, l’hormone de l’attachement et de l’amour, et se sent connecté à son bébé.

cododobienfaits

 

 

Plus doux sera le nid, plus fortes seront les ailes

 

 

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