Les problèmes de la compensation du bébé de Bobby Ghaheri

Je ne suis ni docteur, ni pédiatre, ni sage-femme, ni consultante en lactation,  je suis une maman.

Je partage ici un article pour que la connaissance des freins serrés/courts et leur impact sur l’allaitement soit davantage connu. Je remercie  le comité de correction de tout cœur.

Article original de l’ORL étatsunien Bobby Ghaheri disponible ici , qui a accepté de partager ses écrits :  http://www.drghaheri.com/blog/2016/6/23/breastfeeding-compensations-for-tonguelip-tie-are-problematic

Merci à lui.

 

Alors que l’on comprend de mieux en mieux l’impact des freins de langue et de lèvre, c’est également le cas pour les implications à long terme de restrictions intraorales. Lorsqu’on examine la prise du sein, on observe que les mécanismes compensatoires viennent habituellement avec une diminution de l’efficacité des tétées. Certains effets de ces compensations sur la bouche du nourrisson peuvent également devenir davantage apparents plus tard quand l’enfant grandit. Ce post expliquera des situations où un bébé peut utiliser des mécanismes de compensation pour gérer les restrictions et expliquer comment ces compensations sont utilisées, ainsi que pourquoi elles peuvent s’avérer problématiques plus tard dans la vie.

Il y a de nombreuses situations dans lesquelles un bébé qui a une restriction orale peut sembler téter ‘correctement’. L’exemple le plus commun est souvent de s’intéresser au gain de poids. Comment est-ce qu’un bébé avec un frein de langue/lèvre peut gagner suffisamment de poids ?

Ce bébé a une une frénotomie à 5 mois. Regarder la stagnation du poids entre 4-6 mois suivi par le gain de poids ensuite.

  1. Au début de sa vie, un bébé peut gagner du poids correctement en étant tenace. Ce sont les bébés qui ont un tonus musculaire élevé et qui peuvent causer des douleurs considérables à la maman lors des tétées. Ils ont suffisamment de tonus musculaire pour ne pas se fatiguer au sein, mais puisque les restrictions orales font d’eux des téteurs inefficaces , ils peuvent passer de très longues périodes à téter. C’est important de comprendre que la prise de poids n’est pas le seul marqueur d’un allaitement réussi, et que si une mère est sur le point d’arrêter parce que la douleur est insupportable, la bonne prise de poids du début n’est plus pertinente.
  2. Les mères peuvent avoir un ref (réflexe d’éjection fort) ou une hyperlactation. J’ai vu beaucoup de situations dans lesquelles le bébé prenait vraiment beaucoup de poids et et où la mère n’avait pas mal, mais la prise du sein était complètement symptomatique. Pourquoi souhaiterait-on intervenir dans ces cas là ? Quand un bébé reçoit passivement du lait et ne vide pas activement le sein, cela peut annoncer des problèmes futurs : canaux lactifères bouchés, des mastites pour la mères du fait d’un drainage incomplet ou une baisse soudaine dans la production de lait une fois que le signal pour la lactogénèse passe d’un contrôle hormonal à un contrôle géré par la stimulation, en général vers 10-16 semaines. Une stagnation du poids peut avoir lieu et cela peut être difficile à rattraper une fois que cela arrive.
  3. La complémentation avec des biberons peut masquer les problèmes qui auraient eu lieu avec un allaitement exclusif. Alors qu’une prise de poids normale peut suffire au pédiatre, la perte de l’allaitement exclusif est associée avec une durée plus courte d’allaitement. De plus, nourrir au biberon peut causer des changements de l’architecture du palais donc des effets en aval.

 

Souvent, je vois des docteurs, consultantes en lactation et des parents s’intéresser aux méthodes de compensation du bébé et essayer de modifier cette attitude plutôt que d’essayer de comprendre d’où elle vient. La compensation la plus commune est celle du bébé qui utilise ses lèvres retroussées pour s’accrocher au bout du sein. Techniquement, le bébé prend le sein. Mais nous savons des études antérieures que la succion qui devrait maintenir le bébé sur le sein devrait venir des mouvements de la langue dans la bouche (en particulier du milieu de la langue). Si la langue n’est pas capable de former une succion on devrait plutôt s’intéresser à pourquoi le bébé utilise ses lèvres en premier lieu.

De même, un bébé ayant un frein de lèvre/ langue va essayer de s’accrocher au sein avec une « petite bouche ». S’il n’ouvre pas grand, seulement une petite quantité de tissu mammaire peut entrer dans la cavité orale. Cela a comme conséquence une prise peu profonde qui prédispose la mère à des douleurs d’allaitement et à un allaitement moins efficace. Bien trop souvent, j’entends des consultantes en lactation dire « ce que vous devez faire est de lui faire ouvrir la bouche plus grand », comme si le bébé choisissait simplement de ne pas ouvrir grand. Une fois encore, nous devons nous interroger sur pourquoi le bébé a une petite bouche quand il essaie de prendre le sein- quand des restrictions orales sont présentes, une grande prise cause de l’inconfort et des tensions au bébé. Le bébé réagit en fermant la bouche jusqu’à ce que la tension s’apaise, ce qui explique sa prise peu profonde. C’est aussi important de comprendre pourquoi un bébé n’arrive pas à la fois à utiliser ses lèvres pour tenir le sein et à avoir une grande prise du sein. C’est la même chose que d’utiliser une paille très large au lieu d’une étroite en essayant de boire.

Enfin, je vais discuter des compensations qu’un bébé emploie et qui peuvent causer des problèmes à long terme. Avant que cela puisse être évoqué, cependant, je vais expliquer comment l’allaitement permet une croissance craniofaciale optimale. Un allaitement normal est la manière dont la nature a prévu de faire grandir le palais. Le sein malléable est porté par la langue et sculpte le palais en une large étagère en appuyant sur l’intérieur des gencives. Cela permet aux dents permanentes de pousser avec un espacement adéquat.

Beaucoup des problèmes orthodontiques que l’on croise sont les conséquences d’un palais creux et de dents serrées (constriction maxillaire). Il y a des données de qualité qui démontrent que l’allaitement favorise une meilleure occlusion dentaire (Peres, et al). Le septum nasal siège sur le palais (en anatomie, le plafond de la bouche est le plancher du nez). Quand le palais se creuse au lieu de s’élargir, la cavité nasale est rétrécie. De plus, le septum doit se déformer si le plancher sur lequel il est installé s’élève – cela se transforme en septum dévié. Ces deux choses prédisposent le bébé à respirer par la bouche. Alors que la déviation du septum se fait en plusieurs années, le palais creux est repérable immédiatement après la naissance (certains bébés renâclent beaucoup durant les tétées). Parce que les bébés sont obligés de respirer par le nez, une obstruction nasale peut d’autant compliquer la prise.

Le palais est le centre de la croissance faciale lors de la croissance d’un enfant. Si le palais est bas et large, l’enfant peut respirer par le nez et il y a moins de chance qu’il ait une respiration désordonnée et de l’apnée du sommeil. Allaiter aussi longtemps que possible (même lorsque ce n’est plus uniquement un besoin en calories) est très important pour optimiser la formation du palais. On commence à voir de plus en plus de preuves des bienfaits de l’allaitement pour des raisons précédemment inconnues. Guilleminault de Stanford montre le lien entre le frein de langue et l’apnée du sommeil (2015), qui a de nombreuses conséquences en aval (fatigue, difficultés à se concentrer, bruxisme, fuites urinaires nocturne, problèmes de comportement, et même des symptômes ressemblant au TDAH).

Les professionnels médicaux qui s’occupent des nourrissons peuvent apprendre à identifier les compensations pour un frein de langue / de lèvre chez les nourrissons et comprendre qu’ils sont des symptômes indiquant un frein. Si on se concentre sur comment garder un enfant sur sa courbe de croissance sans examiner comment le bébé la suit quand le bébé compense, alors on peut les mettre sur la voie du sevrage prématuré, qui coïncide avec de la malocclusion dentaire et des difficultés respiratoires plus tard. Notre but en tant que professionnels médicaux serait d’en faire un humain épanoui mais si on ne change pas nos pratiques, on envoie nos patients vers des conséquences qui seraient évitables.

 

References

Peres KG, Cascaes AM, Nascimento GG, Victora CG. Effect of breastfeeding on malocclusions: a systemic review and meta-analysis. Acta Paediatrica. 2015; 104: 54-61.

Huang YS, Quo S, Berkowski JA, Guilleminault C. Short Lingual Frenulum and Obstructive Sleep Apnea in Children. International Journal of Pediatric Research. 2015 1:1.

. International Journal of Pediatric Research. 2015 1:1.

 

 

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