Aversion ou agitation pendant l’allaitement

Dans la série des émotions négatives ressentis pendant l’allaitement, il est nécessaire de faire la distinction entre le réflexe d’éjection dysphorique de l’aversion ou agitation pendant l’allaitement. Le réflexe d’éjection dysphorique (red) est déclenché par la montée de lait, les émotions négatives sont dirigées, vers la mère elle-même et passent rapidement. Dans le cas de l’aversion pendant l’allaitement, la mère se sent agressé par le contact physique avec son enfant, et souhaite le repousser, et faire cesser le contact physique. Dans ce cas, le déclencheur serait le contact et les émotions dirigées vers l’enfant qui tète.

 

I Qu’est-ce que l’aversion ? D’où vient l’aversion ? Comment se manifeste-t-elle?

II Les pensées et émotions liées à l’aversion

III qu’est ce qui peut aider

IV Facteurs aggravants l’aversion ou l’agitation

VI Témoignages

Sources et liens

 

I Qu’est-ce que l’aversion ? D’où vient l’aversion ? Comment se manifeste-t-elle?

 

  1. a) qu’est-ce que c’est ?

C’est un phénomène rencontré par certaines mères allaitantes, généralement qui allaitent pendant une deuxième grossesse ou font du co-allaitement / allaitement en tandem, avec deux enfants d’âge différent. Cela concerne aussi des mères allaitantes qui ne sont pas enceintes, et n’allaitent qu’un seul enfant, plus souvent avec un bambin, mais aussi avec un nourrisson.

Cela se manifeste par des émotions négatives telles que la colère ou de la rage, une réaction épidermique, l’envie de détacher l’enfant du sein, de le repousser. Mais aussi de l’agitation, difficulté à tenir en place, rester immobile et de l’irritabilité lorsque le bébé tète.  Le déclencheur semble être le contact au sein, des douleurs ou sensations physiques désagréables.

Les émotions et ressentis sont dirigées vers le bébé ou bambin et la mère désire plus que tout mettre fin au contact physique. Lorsqu’il y a deux enfants, cette émotion négative est généralement dirigée vers le plus grand des deux, comme s’il n’avait plus besoin de téter. Certaines mères continuent d’allaiter malgré cela, d’autres sèvrent.

On peut supposer que puisque le cortisol, hormone du stress passe dans le lait maternel (en faible quantité, et qu’un bébé est sensible au ressenti de sa mère), cette attitude ambiguë et le cortisol pousse l’enfant à téter encore davantage et à entretenir ce ressenti.

 

  1. b) Qu’est ce qui cause l’aversion?

 

« Cependant il est important de noter que cette agitation ne reflète pas la relation qu’a la mère avec son enfant, ou même ses représentations de l’allaitement. » Hilary Flower, Breastfeeding Agitation

 

 

  1. a) hypothèse d’un signal du corps en manque de nutriments

Dans Breastfeeding Aversion, Hilary Flower dit que l’aversion peut venir de nos origines. « L’agressivité maternelle n’est pas inhabituelle au moment du sevrage, et il est possible que la grossesse fasse penser à notre corps qu’il est temps de sevrer. »

L’allaitement est « la dépense d’énergie post partum la plus importantes pour les primates humaines et non humaines mammifères. »  (citation de Hinde)

 

La mère serait en carence en nutriment, elle ne dormirait pas assez, ne se nourrirait pas suffisamment pour maintenir une balance nutritionnelle positive, et son corps serait tiraillé par ces manques et lui ordonnerait de faire cesser l’allaitement pour préserver sa propre santé.

 

  1. b) douleurs au sein, frein de langue et de lèvre serrés, candidose et vasospasme

Une succion désagrable voire douleureuse, peut causer un conflit moral pour la mère. Elle souhaite allaiter mais l’idée de la douleur et la douleur en elle-même font augmenter la sécrétion de cortisol. L’allaitement n’est pas source de plaisir mais de souffrance, et elle n’arrive pas à trouver d’équilibre entre son désir moral (qui correspond à son projet d’allaitement) et son ressenti physique pendant l’allaitement.

On peut également supposer qu’une candidose et qu’un vasospasme qui sont à la base des sensations physiques, peuvent devenir des souffrance morale, car la mère associe les tétées à ces ressentis.

 

  1. c) déséquilibre hormonal

Une autre cause possible serai les changements hormonaux tels que lors de l’ovulation et des cycles menstruels. On pourrait comparer cela au syndrome pré menstruel, qui peut modifier les sensations physiques, et le comportement. Les tétées deviennent irritantes.

 

  1. d) Vécu social et personnel

Il est possible d’envisager que ce ressenti désagréable envers ses sensations est causé au moins en partie par un stigma social, se sentir trop à l’écart des normes sociétales, ou avoir vécu des abus physiques dans son passé, ou dans certains contextes se sentir forcée à allaiter par des injonctions extérieures.

 

 

II Les pensées et émotions liées à l’aversion

C’est un ressenti moral et physique complexe qui mêle des émotions très fortes comme de la colère ou de la rage, de l’agitation et de l’irritabilité, et des sensations physiques comme une réaction épidermique, la chair de poule, des démangeaisons, des nausées, avoir envie de retirer l’enfant du sein, de le ‘jeter’ loin de soi, se sentir agressée physiquement, envahie.

La mère a parfois l’impression que son propre corps ne lui appartient plus. Tout la pousse à vouloir cesser le contact physique avec l’enfant.

Mots de mères : anxiété, colère, rage, irritation, chair de poule, douleur au sein, difficultés à rester immobile, envie de partir en courants, pulsions, pensées violentes, se s

Mais ces ressentis causent un conflit intérieur, en particulier si la mère souhaite allaiter et que son projet est de continuer malgré tout. Elle se sent coupable et à honte, est perturbée car elle ne comprend pas ce qui arrive, et pourquoi il y a cet écart entre son ressenti et ses projets.

La mère se sent dans une détresse profonde.

Il y a des degrés d’intensité différents, et pas de règles concernant la fréquence. Les sensations sont systématiques chez certaines femmes, pour d’autres elles sont rares, et n’arrivent qu’une fois de temps en temps, ou une ou deux fois par jour.

 

III Qu’est ce qui peut aide

1. Anticiper : Savoir à quel moment c’est le plus fort, pour comprendre pourquoi. Se renseigner.

2. Quand ça se passe :

  • corriger la prise du sein, dans certaines positions ça peut aller mieux.
  • Trouver une distraction, penser à autre chose, mettre de la musique, compter jusqu’à 90 en respirant et se dire qu’après 90 l’émotion peut partir,
  • utiliser le point d’acuponcture G14,
  • lui demander doucement d’arrêter, proposer un câlin à la place, jeu, activité,
  • déterminer une durée avec l’enfant, le laisser choisir (minuteur

3. de manière générale :

  • Prendre soin de soi : Une activité physique par jour, un moment de détente, bien manger, bien boire, bien dormir. Se complémenter en b12, magnésium, vitamine d. Ne pas fumer et boire de café.
  • Pour un grand bébé proposer câlins et activités, passer le relai à quelqu’un d’autre.
  • En parler et avoir du soutien, de la compréhension des autres.

 

Avant de devenir violente avec son enfant, il est important de décrypter et anticiper les ressentis et pulsions, et de passer le relai à quelqu’un d’autre.

 

IV Ce qui aggrave l’aversion ou l’agitation pendant l’allaitement

Plusieurs facteurs peuvent être ‘aggravants’ avec l’aversion ou l’agitation pendant l’allaitement.

  1. a) facteurs propres à la mère

La fatigue, une mauvaise prise du sein, des tétées acrobatiques, le manque de lait, les carences en vitamine, le moment du soir, l’ovulation, les règles, une candidose peuvent exacerber ou causer ce ressenti.

  1. b) facteurs propres au bébé

Des freins de langue et de lèvre, la perte du réflexe de succion, un bambin qui s’agite et ne tient pas en place au sein, les caresses du bébé, s’il tripote le deuxième téton favorisent l’aversion pendant l’allaitement.

  1. c) les perceptions

La mère qui se sent isolée et ne comprend pas ce qui lui arrive le vit d’autant plus mal. Elle se sent coupable et ‘nulle’.

 

Et après ?  

Il manque de la recherche !

 

V Témoignages

Co- allaitement

Puis petit à petit, Gabriel se met a moins bien téter, il me fais un peu mal et surtout, au moment de la montée de lait (je la sens très bien), il m’insupporte tout d’un coup… le pauvre il ne fait rien de particulier mais il m’agace au plus haut point… je connais le syndrome dysphorique mais je ne comprends pas… pourquoi tout d’un coup comme ça… je prends sur moi, ne lui dit rien, j’essaie de regarder Augustin quand je sens ma montée de lait arriver pour me focaliser sur lui… après tout il n’a que 4 ans, il n’a pas l’air du tout d’être prêt à arrêter et il n’a rien demandé… et puis même moi, mes sentiments sont ambivalents car mis à part à la montée de lait, je n’ai pas particulièrement envie de le sevrer…

Sauf que rien n’y fait 1 mois après c’est toujours pareil, une envie extrême de l’éjecter de mon sein à chaque montée de lait… c’est horrible… je décide d’essayer de le sevrer… quand je lui en parle, il pleure… non il n’est pas prêt… ok on va essayer de tenir…. mais non ça se dégrade de plus en plus… maintenant au moment de la montée de lait je lui dit « stop arrête là je ne peux plus » mais évidemment il insiste…. et là me vient des idées de claques tellement je souffre intérieurement (alors que je suis anti fessée)… j’en pleure tellement c’est dur d’avoir ce sentiment envers son propre bébé qu’on aime plus que tout…. et lui qui me dit « mais pourquoi, j essayé de faire tout doucement et tu t’énerves quand même »… cette phrase aura été celle de trop… oui mon Loulou tu as raison tu ne fais rien et pourtant je ne peux plus… moi je sais que ce n’est pas de ta faute mais toi du haut de tes 4 ans, tu ne peux pas comprendre ce syndrome… alors je lui vas-y termine mon cœur… ce soir-là, toutes les larmes me coulent (et encore maintenant en écrivant) car je sais que c’est la dernière tétée… les tétées sont devenues trop pénibles au point de dégrader ma relation avec mon fils… demain, une fois que la tension sera retombée, j’aurai une discussion avec lui pour lui expliquer…

Et le lendemain matin, on en parle… je lui explique que quand il tète, cela me met en colère mais que ce n’est pas de sa faute, que ce n’est de la faute à personne, que sa signifie sûrement qu’il faut arrêter là et passer à autre chose… je lui promet qu’il aura à chaque sieste et dodo un gros câlin et qu’il n y a aucun soucis pour que son lit reste collé au mien… il pleure, je pleure mais il a compris et ne me redemandera plus de tétées… nous sommes en octobre 2017, Gabriel a un peu plus de 4 ans et demi et il est sevré…. »

Cloé

 

Grossesse et co-allaitement

Pendant la grossesse, il y a eu de nombreuses tétées, qui pourtant étaient source de plaisir juste que là, où je ressentais l’envie intense d’enlever ma fille du sein et de la jeter loin de moi. Heureusement ces sensations n’étaient pas systématiques et étaient complètement absentes par périodes. Mais c’était plus fort le soir et la nuit en général, et lorsque les tétées s’éternisaient et qu’elle tétait à vide. Les tétons devenaient douloureux, et la sensation devenait moralement dure. Plus tard, lors des tétées avec son frère, c’était plus une sensation physique mais vraiment une sensation morale. J’avais l’impression de trahir son frère, de manquer à mes devoirs et avais une grosse sensation de malaise. Les émotions étaient dirigées vers elle, même lors des co-tétées. Pourtant j’étais déchirée car je souhaitais tellement lui offrir ces tétées qui la tranquillisait. L’arrivée d’un immense muguet pour son frère à ses 15 jours de vie, et ses multiples difficultés pour téter, ainsi que ces ressentis me poussent à sevrer mon aînée. Ce n’était pas un choix maternant pour elle. Pour son frère, peut-être, mais ce n’est pas certain. » Maman Lune

 

 

Article sur le réflexe d’éjection dysphorique

Etudes :

Yate ZM. A qualitative study on negative emotions triggered by breastfeeding; Describing the phenomenon of breastfeeding/nursing aversion and agitation in breastfeeding mothers. Iranian J Nursing Midwifery Res [serial online] 2017 [cited 2018 Apr 6];22:449-54. Available from: http://www.ijnmrjournal.net/text.asp?2017/22/6/449/217604

 

Hinde K. Richer milk for sons but more milk for daughters: Sex-biased investment during lactation varies with maternal life history in rhesus macaques. Am J Hum Biol 2009;21:512-9.  Back to cited text no. 17

Livres :

Agitation by Hilary Flower,

Tandem Nursing by Hillary Flower,

My Tandem Nursing Nursing Journey by Ashley Kusi

 

Site en anglais : https://www.breastfeedingaversion.com/what-is-it

 

Groupes facebook :

 

Aversion pour l’allaitement soutien https://www.facebook.com/groups/724068181127531/?ref=br_rs

nursing aversion / breastfeeding agitation support (en anglais) https://www.facebook.com/groups/407193142696633/

Aversion sucks (en anglais)  https://www.facebook.com/groups/breastfeedingaversion/?ref=br_rs

 

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