Thérapie manuelle pré et post frénotomie

Rédigé par Dr Marjan Jones (chirurgien dentiste), Dr Emma Prasaka (chiropracteur)  avec la contribution de Dr Stacy Cole (chirurgien dentiste) et Dr Alli Lee (chiropracteur)

Document original rédigé en anglais et traduit en français par Maman Lune avec la permission des auteurs

Ce document sert de guide rapide pour les praticiens de thérapie manuelle qui s’occupent du cranium et des structures associées chez les patients avec des freins restrictifs qui vont subir une frénotomie (freins de langue, lèvre ou buccaux) . Traiter cette zone de manière complète, zones intra et extra orales comprenant la partie dorsale et ventrale du haut du corps, de même que la base du cranium et la colonne vertébrale, permet une rééducation plus complète et améliore les chances de réussite de l’opération.

La thérapie manuelle a apporté de nombreux bénéfices – au delà d’avoir eu des effets biomécaniques sur la zone oro-faciale. Cependant, il existe des cas dans lesquels les effets de la thérapie manuelle ne durent pas (exemple : soulagement temporaire des symptômes chez les bébés allaités, soulagements transitoires des douleur de nuque ou épaule nécessitant des ajustement réguliers), nous pensons qu’il est vital de prendre en compte le rôle de la langue.

Nous recommandons qu’au tout début des rendez-vous avec nos patients soit examiné la bouche et la langue du patient ! demandez aux enfants et aux patients de lever leur langue. Ce n’est pas juste la pointe de la langue qui doit se lever.  Si le corps/dorsum de la langue est limité  ou si vous voyez  un frein serré ou une pointe en cœur évident, la source du problème pourrait être ce petit bout de muqueuse aue l’on croyait tous être insignifiant. C’est pourtant une source de problèmes bien plus importante qu’on ne pouvait le croire.

Un frein de langue restrictif peut avoir différentes formes, comprenant un aspect sousmuqueux. Notre formation nous a enseigné qu’au delà de l’aspect phonétique il faut évaluer sa fonction dans son état dynamique. Quelquefois l’apparence difficile à voir mais facile à toucher d’un frein de langue sousmuqueux restrictif à bien plus d’impact en terme de symptômes que toute la déclinaison de freins avec une extension antérieure. Accessoirement, si vous voyez des chevauchements de dents, cela peut ajouter un élément en faveur d’un diagnostic de frein de langue serré.

Associé à une frénotomie effective sousmuqueuse, la poursuite d’une thérapie neuromusculaire efficace avant et après la frénotomie permet de realiser une rééducation plus complète des dysfonctionnements oraux tels que des difficultés de déglutition, un gag réflexe hypersensible et d’autres symptômes qui peuvent être liés à des restrictions orales. De plus, la thérapie manuelle peut prendre en charge certains autres facteurs qui contribuent aux symptômes orofaciaux ou craniofaciaux associés avec un dysfonctionnement oral dont l’origine se trouve à l’extérieur de la bouche.

Pour plus d’information sur les restrictions orales vous pouvez visitez notre site : www.enhancedentistry.com.au ou contacter des professionnels qui souhaitent améliorer leurs connaissances dans ce via www.icapprofessionals.com (International Consortium of Oral Ankylofrenula Professionals ou rejoindre ce groupe Facebook : Oral Ankylofrenula Professionals support group, ICAP Facebook groups.

 

Repenser la langue

Pour compenser des manques structurels (incapacité à lever le corps de la langue), des positions au repos aberrantes et un système dynamique dysfonctionnel peuvent s’installer et devenir habituels. Des postures incohérentes du cou et de la tête peuvent être des conséquences  et de la compensation pour des problèmes structurels dans la bouche.

 

La langue au repos

Un frein restrictif a souvent comme résultat une posture de la langue abaissé plutôt qu’élevée. Cela signifie souvent qu’au lieu que la langue se colle au palais au repos, la langue se place dans une position plus basse. Elle peut se placer dans la partie arrière de la bouche, sur les dents de devant, ou derrière elles . Ce type de posture prédispose à une respiration par la bouche (donc posture de bouche ouverte) au lieu d’une respiration par le nez. (Essayez de respirer par la bouche si votre langue est collée au palais. C’est quasiment impossible). Cela a des conséquences importantes pour le développement de la zone orofaciale et la santé générale.

 

La langue en action

La langue est attachée à l’os hyoïde, aux apophyses styloïdes, au tubercule genial sur la mandibule et au palais. Ces muscles sont l’hyoglossus, le styloglossus, le genioglossus et le palatoglossus. (image ci-dessous).`

Avec un frein de langue restrictif, lorsque le corps de la langue essaie de s’élever au repos ou en action (par exemple pour déglutir), il ne peut y arriver complètement. Par conséquent les ligaments du muscle de la langue et des muscles accessoires (par exemple le geniohyoïde) peuvent travailler de manière irrégulière ou compenser pour permettre différentes fonctions. Cela peut causer des tensions dans cette zone, autour de la mâchoire et de la poitrine. (voir ci-dessous)

 

 

Les mécanismes de compensation peuvent conduire à des changements de posture

Juste derrière la langue se trouve la prolongation de nos conduits respiratoires commençant du nez (et de la bouche). La combinaison des adaptation peri-oral comprenant une force de traction sur l’os hyoïde et une langue qui se positionne à l’arrière au fond de la cavité orale peut affecter la taille des voies respiratoires. Cela peut causer davantage de compensation pour permettre d’élargir le passage d’air et pour pouvoir respirer efficacement en inclinant la tête en avant. D’autres compensations par la posture comprennent une position altérée de l’épaule et de l’omoplate, du fait de tensions dans le muscle omohyoïde qui s’insère sur l’os hyoïde après avoir traverse une ‘corde’ fibreuse attaché à la clavicule.

Un hyoïde élevé ou rétracté a comme conséquence une raideur excessive des muscles infrahyoïdes et suprahyoïdes ainsi que des muscles constricteurs dans la zone moyenne du pharyngé. En plus de l’influence neuronal d’une langue qui ne se positionne pas au palais au repos qui occasionne une domination du cerveau sympathétique, cette raideur excessive du pharynx peut augmenter le gag réflexe.

Une tension musculaire combinée avec des voies respiratoires restreintes ont comme conséquences une respiration laborieuse qui cause souvent une pression négative sur le sinus maxillaire et les voies respiratoire nasopharyngées. Cela provoque un développement insuffisant de la partie basse du visage (par exemple un palais creux, un visage étroit, une arche dentaire étroite avec davantage de risques de chevauchements dentaires nécessitant des traitements orthodontiques dispendieux) and prédispose l’enfant à des congestions du sinus et des infections.

 

Le rôle de la thérapie manuelle avant la frénotomie

En général, la thérapie manuelle des tissus intra et extra oraux permet aux divers muscles de la langue, mâchoire, du cou et de la tête de devenir plus souples et fonctionnels. Cela permet de meilleures conditions d’allaitement et un meilleur fonctionnement pour la vie plus tard. Les praticiens peuvent aussi se servir de thérapie sacro-craniale pour améliorer l’alignement structurel de l’enfant, en faisant particulièrement attention à l’alignement de la tête, du cou et du thorax, pour restaurer de la stabilité fonctionnelle autant que le permettent les freins de langue et lèvre.

En particulier, la thérapie manuelle pré frénotomie aide l’acte chirurgical en assouplissant les attaches des muscles de la langue, permettant une meilleure élévation pendant la procédure ainsi qu’une meilleure visibilité et un meilleur accès. Cela permet à la technique chirurgicale d’être plus efficace et complète.

Pour le traitement des nourrissons, cela permet à l’acte chirurgival d’être réalisé de manière efficace. Une frénotomie dure environ 30 secondes. Cette durée peut diminuer de 40% pour les nourrissons qui ont eu une thérapie manuelle auparavant.

 

Le rôle de la thérapie manuelle et des exercices de rééducation suite à la frénotomie

Suite à la frénotomie, une thérapie manuelle/ crâniale aide à améliorer les dysfonctionnements installés à différentes étapes de la vie par des systèmes de compensation. Elle traite les muscles autre aue ceux du visage et du cou qui peuvent avoir des répercussions sur le fonctionnement du visage.

Même si la source du dysfonctionnement peut avoir été adressé avec la frénotomie, si on ne prend pas en compte les tensions compensatoires musculaires et articulaires avec une thérapie manuelle et une thérapie myofonctionnelle (voir plus bas) pour établir à nouveau des systèmes de mouvements normaux, on peut s’attendre à ce que les dysfonctionnements de déglutition, respiration, langage et postures présentés plus haut perdurent ou disparaissent plus lentement.

Avec une rééducation appropriée des compensations orofaciales et des muscles et articulations associés, la langue fraîchement libérée a un mécanisme soutenant pour maintenir son fonctionnement intégral. Cela permettra de limiter tout rattachement non souhaité suite à la frénotomie.

 

Bénéfices additionnels de la thérapie manuelle pour les nourrissons et les enfants

Une position restreinte ou anormale dans l’utérus, une tension sur la colonne vertébrale causée par l’accouche ment, résultant souvent en raideur musculaire et traction, restriction articulaire, des tensions du dira dans le canal rachidien et le cranium, avec une irritation ou pression sur le système nerveux qui comprend les nerfs craniaux. Cela a des répercussions sur le fonctionnement général du corps, et en fonction des parties du corps affectées peuvent causer une mauvaise prise du sein et des difficultés à s’alimenter, des reflux et des problèmes de digestion, une faiblesse pour respirer et des problèmes de sommeil parmi d’autres. La thérapie manuelle et craniale est bénéfique pour le patient parce qu’elle normalise le fonctionnement musculo-squelettique et neurologique afin de coordonner les systèmes et activités du corps.

 

Thérapie myofonctionnelle

La thérapie myofonctionnelle est la mise à disposition d’un programme individuel pour installer de nouvelles habitudes orofaciales pour aider à tonifier le tissue et rétablir progressivement une fonction opérationnelle. C’est un programme individualisé fait sur mesure pour le patient. Ces entrainements encouragent l’activation et la consolidation de muscles auparavant inactifs et fragilisés et le relâchement de muscles compensatoires tendus et hyper actifs. Cependant la thérapie myofonctionnelle n’est pas simplement un ensemble d’exercices pour améliorer la tonicité mais permet d’aider à créer de nouveaux circuits neuronaux pour une toute nouvelle manière de fonctionner.

Ceux-ci sont spécifiques aux patients et à leur tranche d’âge. Pour les nourrissons, des tétées efficaces sont la thérapie myofonctionnelle optimale. Une consultante en lactation peut recommander des exercices à la maison pour entraîner la succion.

Pour des enfants plus âgés et des adultes, un thérapeute myofonctionnel (qui a souvent une formation en langage ou dentisterie) aidera le fonctionnement de la langue à se rétablir. Cela incluera des sessions en cabinet et un programme à la maison.

 

Zones à ausculter et traiter chez les nourrissons présentant des freins restrictifs 

  • Examiner les traits physiques du bébé / de l’enfant dans leur symétrie et forme
  • Evaluer si les réflexes innés sont présents (succion, etc)
  • Evaluer l’état de la corde spinale et des articulations, comprenant la clavicule, épaule et cage thoracique.

Difficultés à tourner la tête, subluxation des hautes cervicales et torticolis causeront une préférence d’un sein ou de difficultés à téter

Une respiration laborieuse causant une hyperactivité ou des muscles accessoires ou respiration (SCM, échelle, pectoraux), des tensions du diaphragme, une mobilité réduite de la partie haute de la colonne dorsale et des côtes.

Une posture de la tête incliné en avant, un déséquilibre causé par des muscles qui compensent, des voies respiratoire réduites, et une traction de l’hyoïde résultant en une position altérée de la clavicule altérée, de l’épaule et de l’omoplate

 

Examiner les os et sutures craniales (crâne).

Le modelage peut causer une plagiocéphalie ou un crâne en forme de cône, et des changements possibles du palais dur et des os temporaires affectant les tubes d’eustache.

 

Examiner le degré de restriction du frein de langue et de lèvre. Regarder et tester le fonctionnement à l’intérieur de la bouche 

  • Est-ce que l’élévation et le retroussement de la lèvre supérieure ressemble à un retroussement normal pour pouvoir prendre le sein ?
  • Est-ce que la langue a des mouvements normaux uniquement dans une direction ? la langue devrait être capable de lécher les lèvres, lever sa partie avant jusqu’à toucher le palais, balayer le long des gencives et sur les côtés pour aider à la déglutition.

 

Examiner la mâchoire et quelle est l’ouverture maximale de la bouche 

  • Les bébés vont compenser en utiliser la mâchoire pour augmenter la pression positive sur le sein et mordre ou mâcher au lieu de téter ayant comme conséquence une position de la mâchoire altérée, des muscles masséters et ptérygoides.

 

Examiner les muscles qui sont attachés à l’hyoïde.

Lorsque la langue essaie de s’élever mais ne peut pas le faire complètement, les muscles qui l’entourent qui connectent la langue à l’hyoïde (comprenant aussi le genioglossus, hyoglossus et geniohyoïde mais pas uniquement) Cela a comme répercussion une raideur et des tensions dans la mâchoire et la poitrine.

Ceci est dû à une variété restreinte de mouvements de la langue qui cause une force de traction sur l’os hyoïde qui se rétracte pendant les mouvements, et les autres muscles intrinsèques et extrinsèques de la langue et de la mâchoire tentent de compenser le mouvement restreint de la langue.

Les freins de lèvre et de langue souvent présentent souvent lors de l’effort, une faiblesse qui peut varier des muscles suivant nécessaires pour une succion/déglutition normales :

  • Orbicularis oris
  • Buccinator – aplati les joues et tire sur les coins de la bouche
  • Genioglossus
  • Styloglossus – permet à la langue de former le sceau autour du sein
  • Palatopharyngeus : palais souple
  • Temporalis : élève et rétracte la mâchoire
  • Stylohyoïde : tire l’hyoïde en arrière et soulève la langue
  • Styloglossus : amène les côtés de la langue vers le haut pour créer un creux pour la déglutition.

 

 

Ne pas oublier que les structures anatomiques qui sont utilisées pour se nourrir sont aussi utilisées pour respirer et parler. Par conséquent les freins de langue et lèvres et les systèmes moteurs et adaptations de la posture qui leur sont associés ont des effets à long terme bien au-delà de l’allaitement.

 

www.tonguetieinstitute.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références et pour aller plus loin :

 

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  2. Olivi, G et al, Lingual Frenectomy: functional evaluation and new therapeutical approach, European Journal of Pediatric Dentistry, 2/2012, Vol 13, p 101-106
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