Lait maternel : hormones, mécanismes de production, qualité et quantité

 

A quoi peuvent être comparés ce qu’il se passe dans un sein pour produire du lait le mécanisme de production de celui-ci au fil du temps ? Un arbre et des saisons ?

Le Dr Mark Cregan, biochimiste, utilise l’analogie de l’arbre pour parler de ce qu’il se passe dans le sein tandis que Cathy Fetherston, sage-femme, ibclc et chercheuse, compare les étapes de production à des saisons.

L’arbre

Lorsque l’on observe les arbres, on remarque que les feuilles synthétisent la lumière du soleil et la transforme en sucre et l’envoient vers les racines. De même, dans le sein, les alvéoles synthétisent les nutriments reçus à l’aide du sang et les transforment en lait maternel, qui suit les canaux lactifères et est déversé dans la bouche du bébé.

Les saisons

Comme un arbre, le sein traverse quatre saisons.

Le printemps est la grossesse : les alvéoles bourgeonnent, les seins sont sensibles, deviennent plus imposants, le mamelon prend une couleur foncée.

L’été commence après l’accouchement. D’abord du colostrum est secrété, puis du lait de transition qui devient du lait mature lors du deuxième mois.

L’automne est lorsque la production descend en dessous de 300 à 400ml (9 à 12 onces par jour), la composition du lait change, devient progressivement plus faible en lactose, glucose et potassium et plus concentrée en protéines et sodium. Cette mixture de plus en plus salée (comme lors d’une mastite) et souvent appelé lait de sevrage et pousse les bébés à téter de moins en moins. Les alvéoles et canaux lactifères commencent à disparaître.

L’hiver : l’arbre perd toutes ses feuilles et ses fruits, et des branches mais conservera une architecture plus développée qu’auparavant, avec une base pour une future lactation.

 

I Hormones et phases de production

 

  1. a) Avant la grossesse

Les œstrogènes et la progestérone permettent aux  canaux lactifères et alvéoles de se développer jusqu’au 35 ans de la femme lors des cycles.

  1. b) Pendant la grossesse : la balance progestérone – prolactine

La grossesse provoque une hausse de la sécrétion des œstrogènes, de la progestérone, et de prolactine, qui font que la glande mammaire se développe pendant celle-ci.

Le placenta a un rôle très important dans la production de lait et les hormones (hPL) qu’il secrète provoquent les changements de la taille du sein. D’autres hormones ont également un rôle dans la production du lait :  l’insuline, le cortisol, et les hormones thyroïdiennes.

La prolactine augmente au fur et à mesure pendant la grossesse et il y a un pic à la naissance. En parallèle, le placenta produit de la progestérone qui interfère avec les récepteurs de prolactine et bloque la production du lait jusqu’à la naissance et la délivrance du placenta. Ensuite la production est lancée et dépendra en partie de la stimulation du sein, puis essentiellement de celle-ci lorsque le taux de prolactine aura atteint son seuil le plus bas.

Note : une femme enceinte qui a des pertes importantes de lait peut avoir un déficit en progestérone. Il peut être judicieux de faire vérifier son taux et de prendre un traitement pour compenser ce déficit, afin que la lactation ne soit pas lancée trop tôt, et défaillante par la suite du fait d’un manque de stimulations des glandes mammaires sans un bébé tétant le sein.

 

  1. c) La période post partum

Une fois que le placenta est expulsé, la progestérone chute et la prolactine peut se mettre au travail. La production est lancée.

Lactogenese I : les seins produisent du colostrum

Lactogénèse II. Le colostrum se transforme en lait de transition, puis lait mature vers les deux mois. La montée de lait a besoin de la prolactine, insuline et du cortisol pour être mise en place.

 

  1. d) La régulation de la production
  • Prolactine et ocytocine : les hormones clés

A chaque fois que bébé tète, il y a une sécrétion de prolactine qui commande une montée de lait, et une sécrétion d’ocytocine qui provoque l’éjection du lait, en activant un processus qui compresse l’alvéole comme si c’était une éponge. Le taux de prolactine reste élevé pendant 45 minutes après la tétée. C’est donc un cercle vertueux, plus le bébé tète, plus le corps va produire du lait.

L’ocytocine est une hormone particulièrement intéressante. Elle a été nommée hormone de l’amour par Michel Odent on pourrait penser qu’elle est l’hormone de la vie, elle permet le sentiment amoureux, l’attachement au bébé, l’orgasme, l’expulsion du bébé lors de la naissance, l’éjection du lait. Sa production peut être causée par des déclencheurs physiques tels que le contact avec son bébé, mais des pensées ou ressentis peuvent déclencher une production d’ocytocine. C’est le cas lorsqu’une mère pense à son bébé lorsqu’elle doit tirer son lait afin de déclencher un réflexe d’éjection. Cela peut fonctionner car elle ressent de l’amour et de la tendresse. C’est également le cas lorsque la mère a des fuites de lait quand elle entend un bébé autre que le sien pleurer parce qu’elle éprouve de la compassion. En anglais on appelle ce phénomène le ‘phantom letdown’ : la montée de lait fantôme.

  • La nuit

Le taux de prolactine est plus élevé la nuit, et il y a un pic aux alentours de 3h du matin. Par conséquent la réponse à la stimulation la nuit est plus forte aussi. Les tétées nocturnes sont donc importantes pour le maintien de la lactation. On conseille par ailleurs aux tire allaitantes de tirer au minimum une fois par nuit.

Aussi, le lait coule plus facilement car la mère est détendue et endormie et le bébé peut réaliser des tétées très nutritives.

  • La vitesse de synthèse

La vitesse de synthèse, donc de fabrication du lait dépend de la fréquence et de la qualité de la stimulation et de l’extraction de celui-ci, si elle est complète ou non. Plus le sein est drainé, plus les hormones sont stimulées. Le corps enregistre l’information qu’il faut produire et qu’il y a une demande. Inversement, si les seins restent engorgés et que le lait n’est pas extrait, la production va ralentir. La vitesse de synthèse varie selon plusieurs facteurs : d’un sein à l’autre elle n’est pas la même, d’un moment de la journée à un autre non plus, d’une période de l’allaitement à une autre non plus, et d’une femme à l’autre elle varie également.

  • Calibrage de la production

Pendant le premier mois, les récepteurs pour la prolactine se multiplient.  Leur création dépend de la fréquence des tétées et de la vidange du sein donc plus il y a de tétées le plus de récepteurs sont créés. En d’autres mots, plus bébé tète de manière efficace, plus il va produire un câblage favorable à une lactation durable.

Diana West utilise l’image d’une usine. Une usine ouvre ses portes. On estime la quantité qu’il sera nécessaire de produire, et en fonction de cette estimation, on embauche un certain nombre d’employés, et on achète du matériel de production et des matières premières. Une fois que cette estimation est établie, le système de production se ‘calibre’ et s’établit sur une moyenne qui a été faite des besoins. Il est donc très difficile de faire augmenter la capacité de production par la suite. Cela peut être une explication pour les périodes de pointe.

  • Système endocrine et système autocrine

Lorsque le taux de prolactine a fini de baisser et a atteint son taux le plus bas, on passe d’un système endocrine à un système autocrine. Alors qu’auparavant elle dépendait essentiellement du taux de prolactine produit de manière quasi automatique, le contrôle de la production de lait est dorénavant initié par les seins, donc il s’ajuste de manière très précise à la quantité de lait extraite et à quelle fréquence par bébé. Il n’y a quasiment plus de ‘surplus’ de lait disponible. D’une femme à l’autre les capacités de stockage varient et peuvent parfois expliquer des variables dans le nombre de tétées nécessaires pour obtenir la même quantité de lait.  Ces capacités de stockage augmentent à chaque grossesse avec des branchements toujours plus développés.

  • Le piège de l’adrénaline

Lors de moment de stress ou de peur, le taux d’adrénaline peut augmenter et faire baisser le taux d’ocytocine. Ainsi le réflexe d’éjection de lait (mais non la production) peut être bloqué. Le bébé se met à pleurer au sein et la mère croit ne plus avoir de lait.

  • Feedback Inhibitor of Lactation (fil) et la baisse de la lactation

Cette hormone a été trouvée dans le lait de plusieurs espèces dont les humains et serait responsable de l’arrêt de la lactation. Si le sein est drainé régulièrement, l’hormone qui se trouve dans le lait est extraite. Mais si le bébé tète peu, l’hormone reste à l’intérieur du sein et la production ralentit. Si le bébé tète beaucoup, l’hormone est extraite plus rapidement et la production accélère. Des seins engorgés ne sont pas forcément de bon signe par conséquent, des seins ‘mous’, drainés fréquemment seront bien plus productifs.

  • la baisse de lait à retardement

Le Dr Newman évoque une baisse de lait qui a lieu souvent entre le deuxième et quatrième mois du bébé, et correspond à une courbe de prise de poids qui se met à stagner : ‘late onset decreased milk supply’, en français la baisse de lait à retardement.

Il explique ce phénomène par plusieurs facteurs qui peuvent se cumuler. Tout d’abord une mauvaise technique de succion (prise du sein, freins) et un sein qui n’est pas drainé efficacement, et un ensemble de pratiques néfastes : donner un seul sein par tétée, prise de contraception hormonale, tentatives d’espacer des téter, des biberons régulièrement, on ‘apprend’ aux bébés à faire ses nuits. On interfère ainsi avec le travail des hormones et le bon déroulement de l’allaitement. Au début tout semblait fonctionner grâce à la prolactine en excès, et progressivement, on s’aperçoit que cela ne va pas si bien.

 

II Qualité du lait

Il n’y a pas deux sortes de lait, mais un seul. Le colostrum devient du lait de transition puis du lait mature. Il n’y a pas de lait de début de tétéesou de fin de tétée, mais le gras  est collé aux alvéoles et se détache au fur et à mesure lorsque le sein est drainé efficacement. Ainsi la compression du sein permet d’obtenir un lait plus riche, et c’est le but des chatons malaxant les seins de leur mère : détacher ce gras pour pouvoir le téter.

La couleur et le goût du lait peuvent varier subtilement en fonction des aliments consommés, et les colorants alimentaires.

Le lait tiré peut lipaser, c’est à dire qu’il se prédigère sous l’action d’enzymes, et change d’odeur. Il reste bon à la consommation mais un bébé peut le refuser à cause de son goût et son odeur désagréables. Dans ce cas, il convient de le faire chauffer avant conservation au froid.

Le lait varie dans sa composition au fil de la journée, mais aussi des jours et de l’âge de bébé.

Le phénomène du flux de lait rétrograde, ‘retrograde milk flow ‘ en anglais correspond à l’aspiration dans le sein de salive du bébé, une fois que le sein a été drainé, de la salive entre dans le sein de la mère et est analysée par le corps de celle-ci. En fonction des pathogènes identifiés, la mère va produire des anticorps qui seront transmis dans le lait maternel au bébé lors des tétées suivantes.

 

Tableau de composition

 

Quantités de lait

 

 

 

 

Sources :

Breastfeeding made easy de Carlos Gonzalez

Breastfeeding made simple de Kathleen Kendall-Tackett and Nancy Mohrbacher

Adventures in tandem nursing de Hilary Flower

La Biologie de l’allaitement

http://ibconline.ca/information-sheets/late-onset-decreased-milk-supply-or-flow/

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK235589/

http://www.nancymohrbacher.com/articles/2012/11/27/how-much-milk-should-you-expect-to-pump.html

https://breastfeedingusa.org/content/article/breast-versus-bottle-how-much-milk-should-baby-take

https://www.breastfeeding.ie/Ask-our-expert/Questions/How-many-ozs-expressed-breastmilk-should-I-give-my-baby.html

https://kellymom.com/bf/pumpingmoms/pumping/milkcalc/

http://www.nourri-source.org/userfiles/files/tableau-comparatif-de-la-composition-du-lait-maternel.pdf

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