L’anatomie incomprise du frein de langue postérieur et de la technique pour le couper de Bobby Ghaheri

Je ne suis ni docteur, ni pédiatre, ni sage-femme, ni consultante en lactation,  je suis une maman.

Je partage ici un article pour que la connaissance des freins serrés/courts et leur impact sur l’allaitement soit davantage connu. Je remercie  le comité de correction de tout cœur.

Article original de l’ORL étatsunien Bobby Ghaheri disponible ici , qui a accepté de partager ses écrits : http://www.drghaheri.com/blog/2015/8/18/the-misunderstanding-of-posterior-tongue-tie-anatomy-and-release-technique

Merci à lui !

Lorsque des professionnels de santé et des parents entendent le terme ‘frein de langue’, ils ont la plupart du temps en tête un frein de langue antérieur, avec lequel le bout de la langue est attaché au palais buccal. J’ai auparavant décrit la différence entre frein antérieur et postérieur, mais ce concept échappe à beaucoup de personnes. C’est l’une des réflexions que j’entends le plus de la part de professionnels : « un frein de langue postérieur ça n’existe pas ». La raison la plus commune pour laquelle les personnes disent ne pas croire au frein de langue postérieur (comme si c’était une question spirituelle et non anatomique) est qu’ils connaissent très peu l’allaitement et l’incidence des freins de langue sur celui-ci. Une partie de ce ressenti vient d’une incompréhension flagrante de l’anatomie (ils pensent que le frein est dans la cavité orale postérieure près des amygdales). D’autres ne comprennent pas parce qu’ils ne savent pas ce que fait la langue normale d’un nourrisson pendant l’allaitement (telles que montré par les études par radios ici ultrasound studies). Enfin, la majorité des professionnels de santé ne connaissent pas la technique d’examination, ce qui les empêche de faire le lien entre symptômes et anatomie anormale.

Il y a quelques études faites sur la présence de freins de langue postérieur. Cliff O’Callahan et ses collègues, dans une étude de 2013, ont traité 299 bébés avec des freins de langues. 84% de ces bébés avaient des freins de langue postérieur, ce nombre inclut les bébés qui avaient eu un frein de langue antérieur auparavant coupé par un autre professionnel. Néanmoins, la majorité des bébés qui étaient venus à son cabinet n’avaient pas de frein de langue antérieur. Le dr. O’Callahan démontra qu’il y a des améliorations significatives des problématiques d’allaitement avec une frénotomie. Avec ceux qui ne croient pas en l’existence de freins de langue postérieurs, j’utilise cette étude pour démontrer que libérer un frein de langue qui n’a pas de partie antérieure a comme conséquence une nette amélioration clinique. Une étude plus récente de 2015 par Prasnky et ses collègues a évalué à posteriori 618 bébés qui avaient des symptômes gênants d’allaitement. Dans cette étude, presque 20% avaient des freins de langue postérieurs seulement et 5% avaient à la fois un frein de langue postérieur et un frein de lèvre. Comme c’est le cas dans l’étude de O’Callahan study, la grande majorité des bébés dans cette étude montrèrent des améliorations dans la qualité de leurs tétées suivant la frénotomie.

Un frein de langue postérieur est la présence de fibres de collagènes anormaux dans la sous muqueuse, entourées par des membranes anormalement serrées sous le devant de la langue. Comme je l’ai écrit dans un post précédent, un frein de langue antérieur a toujours une composante postérieure. Par conséquent, n’importe quel frein de langue posant un problème d’allaitement est en fait un frein de langue postérieur; une partie de ceux-ci ayant une composante antérieure. Ne pas couper toutes les fibres de collagène anormales a comme conséquence des restrictions permanentes de la langue. Alors que les professionnels prétendent enlever 80-90% de la restriction, la dyade peut souvent constater 0% d’amélioration. L’autre fausse idée principale que les gens ont au sujet de l’anatomie du frein de langue est l’idée que le frein est profond et qu’il s’enchevêtre avec les muscles de la langue. Ce n’est pas le cas. Tel que montré dans le diagramme en dessous, les fibres de collagène anormales du frein de langue postérieur sont entremêlées avec la membrane muqueuse (le muscle genioglossus) dans une épaisseur de tissu complètement différente et donc ni impliquée dans l’anatomie de la langue ni dans la frénotomie.

 

Les fibres du frein de langue postérieur se trouvent au milieu d’une épaisseur au-dessus du muscle genioglossus

 

 

 

une petite incision est faite dans les fibres du frein de langue postérieur pour commencer la frénotomie

 

 

La frénotomie de la membrane muqueuse des deux côtés de l’ouverture principale

 

 

 

La plaie en forme de diamant est terminée (partie haute de la plaie vue ici)

 

 

Une frénotomie incomplète de la langue empêche la langue de pouvoir accomplir les mouvements normaux qu’elle est censée réaliser pendant l’allaitement. Une idée fausse courante est qu’une langue ne peut avoir de frein si on peut la tirer et la sortir de la bouche au-delà de la gencive ou des lèvres.  C’est absolument faux. Déjà, la langue est capable de faire de nombreux mouvements, et une mobilité normale dans une direction ne garantit pas une mobilité normale dans toutes les directions. De plus, le mouvement de la langue durant l’allaitement est vraiment spécifique – le mouvement primaire qui est essentiel est vers le haut, non vers l’extérieur.  J’ai écrit au sujet des mécanismes de l’allaitement( breastfeeding mechanics) , avec les données objectives de l’article de Donna Geddes de 2008 (et confirmé ensuite par l’article de David Elad de 2014) démontrant l’importance du mouvement d’élévation de la langue.

Le manque de mouvement puissant qui monte, empêché par des fibres de collagène anormales restreignant la langue au palais buccal ou mandibule, est apparent dans les symptômes courants que voici : mauvaise succion / sceau sur le sein, sceau souvent cassé résultant en claquement, prise d’air (aérophagie), glissement sur le sein et devoir mordre pour pouvoir maintenir le sein dans sa bouche etc. Ces symptômes peuvent apparaître avec des biberons également.

Avec une compréhension des mouvements normaux de la langue pendant l’allaitement, les professionnels médicaux et consultantes en lactation doivent changer leur manière d’examiner les bébés. Sans tester le mouvement d’élévation de la langue, ils ne comprendront jamais si une restriction visible et palpable existe. J’ai écrit auparavant au sujet de la technique d’examen adaptée pour essayer de standardiser notre approche.

Main dans la main avec les fausses idées sur l’anatomie du frein de langue postérieur il y a également des fausses idées sur la frénotomie du frein de langue postérieur. Beaucoup de professionnels capables et compétents vont avoir à la fois une mauvaise technique pour examiner et des appréhensions au sujet de la frénotomie d’un frein de langue postérieur. Pourquoi il y a de l’appréhension au niveau de l’intervention ? La raison la plus courante est la mauvaise compréhension de la profondeur jusqu’à laquelle il faut couper pour libérer complètement les fibres formant l’attache. Comme je l’ai dit plus haut, les fibres du frein de langue postérieur s’entremêlent avec la membrane muqueuse et ne comprennent pas le muscle. Une technique de frénotomie adaptée comprend une incision au centre de la bande fibreuse et ensuite une incision de la membrane muqueuse des deux côtés de la bande centrale.  Il faut couper la membrane latérale à la bande (qui devient une plaie en forme diamant) parce que la membrane muqueuse autour du frein restreint les mouvements. Une fois que la bande centrale est coupée, il faut aussi couper cette membrane muqueuse pour permettre à la langue de s’élever. La profondeur de la première incision est relativement minime (approximativement 1mm). Ni couper la partie fibreuse ni couper la partie latérale muqueuse implique le muscle, donc les saignements sont minimaux. Aussi contrairement aux croyances répandues, un frein de langue postérieur peut être coupé au laser ou aux ciseaux – la technique décrite plus haut est bien plus importante que l’outil utilisé.

Vue d’en haut, la sonde cannelée soulève la langue, isolant le frein de lèvre postérieur.

 

Après qu’une incision centrale ait été faite, on commence l’incision sur la membrane muqueuse

Incision sur l’autre côté

 

 

Plaie en forme de diamant avec la sonde cannelée.

 

J’espère sincèrement que ce post aidera à clarifier l’anatomie du frein de langue postérieur et à démystifier l’intervention nécessaire pour libérer la langue du frein correctement. Si vous êtes un collègue en train de lire cela et souhaitez des documents supplémentaires, envoyez-moi un email. Pour les parents, se servir de ce post peut aider vos docteurs à comprendre l’anatomie du frein de langue postérieur, et qu’un frein peut être présent sans frenulum évident et visible. Pour les collègues souhaitant améliorer leurs techniques, je vous recommande de prendre un tutorat avec un collègue qui réalise des frénotomies régulièrement. Cette meilleure compréhension du frein de langue postérieure fera baisser le nombre de freins mal libérés et augmentera le nombre d’allaitements à long terme réussis.

 

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