Les freins et l’allaitement : le bébé qui ne savait pas téter

Un bébé qui ne sait pas téter, cela existe-t-il vraiment ?

Malheureusement oui.

 Les freins, encore méconnus et auxquels peu s’intéressent, peuvent être la cause de douleurs et crevasses pour la maman allaitante et d’un bébé qui se fatigue au sein, n’arrive pas à le garder en bouche et à prendre du poids correctement.

Important :  1. seul un spécialiste des freins peut poser un diagnostique.  2. Cet article est amené à être révisé régulièrement au fur et à mesure que j’avance dans mes recherches et que mes connaissances sur la question se développent, les freins étant un problème complexe.

 

I Un point sur les freins

  1. Qu’est-ce que c’est ?

Un frein est une attache dans la bouche fait de muqueuse qui peut réduire la mobilité de la langue ou de la lèvre. On l’appelle aussi ankyloglossie lorsque le frein est gênant. Il peut attacher la langue à la mâchoire inférieure, la lèvre supérieure à la gencive, la lèvre inférieure à la gencive, l’intérieur de la joue à la gencive. Il y a 7 types de frein.

  1. Statistiques

D’après un orl renommé il y a 10% de bébés qui naissent avec des freins, et dans 3 ou 4 % d’entre eux des freins gênants. Lorsqu’il y a un frein de lèvre supérieur, dans 90% des cas il y a un frein de lèvre.

  1. Histoire

Les freins sont connus depuis longtemps, et Elizabeth Coryllos, une IBCLC spécialiste des freins cite un texte japonais écrit 1025 avant JC qui mentionne l’importance de couper les freins. Elle explique aussi qu’en Grèce Antique il était question d’une sorcière jaune qui coupait avec son ongle le frein des bébés qui ne prenaient pas assez de poids, tétaient peu et développaient un ictère important.

Mais pourquoi alors si peu de monde s’y intéresse aujourd’hui ? En effet, les sages-femmes pouvaient les couper autrefois, mais elles n’ont plus le droit de le faire aujourd’hui, et rares sont les orl formés à détecter et couper les freins, en particulier les freins de lèvre postérieurs.

Une hypothèse ? on considère que le lait artificiel est un équivalent du lait maternel, et que pouvoir allaiter un bébé (dans de bonnes conditions qui plus est) n’est pas important, puisqu’il suffirait de renoncer à l’allaitement et de donner un biberon.

  1. Problèmes pour l’allaitement

Pendant les premiers mois de l’allaitement la production de la mère est abondante et le réflexe d’éjection fort peuvent compenser pour les freins. Mais si le bébé ne draine pas correctement les seins, la production va diminuer et le bébé va cesser de gagner suffisamment de poids. Il peut aussi être excessivement fatigué de l’effort à fournir. A cause des crevasses et douleurs lors des tétées, la maman peut aussi décider de sevrer son bébé.

  1. Autres conséquences

Les freins gênants n’affectent pas que le déroulement de l’allaitement mais touche à de nombreux domaine : l’alimentation en général, la digestion, l’hygiène dentaire, la parole…

En effet ils peuvent gêner le développement de la mâchoire, du palais et des dents, la respiration, la mastication, la déglutition, la digestion. Ils peuvent causer du reflux, des étouffements, vomissements, caries, salivation en excès. Ils peuvent poser des problèmes de développement du langage : difficultés à articuler en chuchotant, parlant fort) et l’impossibilité de prononcer de certains sons.

  1. Pourquoi a-t-on alors des freins ?

Ce serait dans la plupart des cas une malformation génétique donc héréditaire.

 

 

II Les freins en détails: types de freins, symptômes, critères visuels

  1. Types de freins

Il y a sept types de freins :

– 4 freins de langue (dit frein lingual)

– 2 freins de lèvre (dit frein labial) : frein de lèvre supérieure et frein de lèvre inférieur,

– 1 frein joignant gencive et intérieur de la joue.

  1. Les deux types de freins labiaux

exemple d’un frein labial supérieur

frein labial

  1. Les 4 types de freins de langue :

Freins antérieurs

Type 1 : le frein est attaché à la pointe de la langue et lui donne une forme en coeur

Type 2 : le frein est attaché un peu en retrait par rapport à la pointe de la langue.

Freins postérieurs

Type 3 : le frein va du milieu de la langue au plancher buccal, il est souvent serré et peu élastique

Type 4 : le frein est attaché à la base de la langue, derrière le muscle. Il est d’aspect brillant, souvent plus épais et moins élastique que les autres types de freins.

frein image

Les freins de type 1 et 2 sont plus faciles à détecter, les types 3 et 4 passant souvent inaperçus. Un bébé peut avoir tous les types frein de lèvre, langue et joue, mais on peut également trouver des bébés qui ont deux freins linguaux : un frein antérieur de type 1 ou 2 et un frein postérieur de type 3 ou 4.

 

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succion sans frein                                                  succion avec un frein de lèvre postérieur

Pour détecter le frein lingual postérieur voici un lien avec la méthode ‘Murphy Maneuver’. Pour faire la même chose il est possible d’utiliser une sonde cannelée plutôt que la main

https://www.youtube.com/watch?v=5opSbXvL7yQ

 

  1. Symptômes possibles

Pour la maman :

– crevasses et douleurs lors des tétées

– candidoses à répétition, autres infections (tétons blessés)

– canal lactifère bouché

– mastite

– mauvais drainage du sein et mauvaise stimulation

– baisse de la lactation

Pour le bébé

– un bébé qui glisse sur le sein, n’arrive pas à le garder en bouche : pas d’effet ventouse

– s’énerve au sein

– claquement lors de la tétée

– petite ouverture de bouche

– pince le sein

– prise de lait insuffisante au cours de la tétée

– tétées très fréquentes et insatisfaction

– s’étouffe au sein

– s’endort au sein

– coliques

– fatigue

– tremblement du menton ou d’autres muscles du visage

– rots / rgo (reflux gastro oesophagien)

–  prise de poids insuffisante

Pour permettre à bébé d’obtenir plus de lait : le faire téter très fréquemment, lui faire prendre le sein en position asymétrique, l’aider à garder le sein en bouche avec la technique du sandwich et faire de la compression du sein pour augmenter le débit.

Pour réduire la douleur : essayer différents positions pour voir celle qui est la plus confortable, insister sur l’ouverture de la bouche, essayer les crèmes grasses: lansinoh, melectis ou compresses de lait maternel (sauf si candidose) et éviter les bouts de sein qui maintiennent voire empirent le problème.

  1. Critères visuels pour détecter un frein gênant

Quelque fois il est facile d’identifier un frein de langue grâce la forme de cœur étant évidente, mais parfois ce n’est pas le cas. En général, on note une langue ronde, qui ne s’élève pas très haut dans le palais, un palais creux…mais parfois, même avec un frein on est capable de tirer la langue…

Elévation : Est-ce que lorsqu’il pleure sa langue dépasse le milieu de la bouche ?

Latéralisation : Est-ce que lorsque que vous caressez les gencives du doigt votre bébé le suit avec la langue

Extension : si vous appuyez délicatement sur le menton et la lèvre inférieure de votre bébé tire-t-il la langue ?

Coloration blanche : est-ce que lorsque bébé lève la langue vous voyez une membrane qui blanchie à cause de la tension sous la langue ?

Touche le nez : pouvez-vous à retrousser la lèvre supérieure jusqu’à ce qu’elle touche le nez sans que le frein blanchisse ?

Est-ce que les côtés de la langue se soulève mais au milieu de la langue il y a comme un trou ?

 

III Quelle démarche pour faire détecter et couper un/des freins gênants ?

  1. Les spécialistes

Les personnes compétentes pour détecter des freins gênants sont les ORL, les stomatologues, et les consultantes IBCLC. Certaines animatrices de la Leche League peuvent le faire également.

Les ORL, stomatologues et parfois les dentistes les coupent.

En général, lors d’une consultation avec une IBCLC, les freins sont détectés et par la suite les parents prennent rendez-vous avec un ORL.

Le souci est qu’en France, dans les maternités, les pédiatres refusent de couper les freins, ou ne détectent que les freins de langue antérieurs en forme de cœur, qui sont très évident.

De même, la majorité des ORL refusent de couper les freins, en disant que cela ne se fait plus, que ce n’est pas nécessaire, qu’ils ne sont pas gênants. Parfois même, ils ne sont pas capables d’identifier un frein postérieur car ils ne sont pas formés ni pour le voir, ni pour le couper.

Il est donc difficile de trouver un spécialiste compétent et volontaire pour couper un frein gênant et c’est pourtant une situation extrêmement problématique quand il y en a un, ou deux, ou même trois de gênants. Le bébé ne peut pas ouvrir assez grand la bouche, se servir de sa langue. Les tétées sont douloureuses, inefficaces, donc bébé stimule peu et n’obtient pas assez de lait. A savoir que le frein de lèvre est tout aussi gênant que le frein de langue. Il restreint l’ouverture de la bouche et cause de la fatigue pour le bébé, qui doit exercer davantage de pression, et des douleurs/crevasses pour la maman.

  1. Faut-il couper ou non ?

Tous les freins apparents ne sont pas gênants. Il arrive que la membrane soit suffisamment élastique et n’empêche pas la mobilité de la langue ou l’ouverture de la bouche. Pour qu’un frein soit considéré gênant il doit y avoir des symptômes associés tels que listés ci-dessus.

  1. Comment l’intervention se passe-t-elle ?

Une freinetomie – lorsqu’est pratiquée une incision à l’aide de ciseau et que la membrane superflue est coupée pour être assouplie.

Une freinéctomie –  lorsqu’il y a une ablation du frein. Il est complètement supprimé avec le laser .

Le praticien vous reçoit et sont évoqués les symptômes qui posent problème dans l’allaitement. Ensuite il vérifie la présence de freins et leur élasticité, et cela si besoin pour les freins postérieurs avec une sonde cannelée. S’il l’estime nécessaire il les coupe / brûle au laser après avoir immobilisé le bébé, souvent maintenu dans les bras de la maman. Cela dure quelques secondes et ne nécessite pas d’anesthésie. Lorsque le bébé est plus grand (vers 2 ans), on a recours à une anesthésie.

Cela se fait au laser ou ciseau, les avantages du laser sont :

– Moins de risque que le frein se reforme

– Moins de risques d’infection

-Moins de saignement et gonflement

– Presque pas douleur pendant l’intervention et après

– Plus de précision

– Cicatrisation plus rapide

En pré-opératoire, pour les petits bébés, pas de préparation nécessaire.

En post- freinéctomie, le bébé peut reprendre le sein immédiatement, et en fonction de son état et de sa douleur, on peut lui donner un antalgique.

Risque de formation à nouveau du frein, syndrome de kiss, cervicales bloquées

Il arrive qu’un frein se reforme, soit parce qu’il n’a pas été assez coupé, ou mal coupé, qu’aucun exercice post freinectomie a été réalisé, ou bien en raison d’un blocage des cervicales (tel que le syndrome de kiss). Un orl formé en freins recommande de traiter le syndrome avant de couper les freins, pour limiter le risque de reformation.

 

  1. Et après ? Cicatrisation, rééducation et soutien

Massage pour la cicatrisation

La douleur et la cicatrisation dépendent de l’âge du bébé et de l’épaisseur du frein. Plus il est jeune, plus l’opération est ‘facile’, la douleur moindre et la cicatrisation rapide.

Les orl et les IBCLC recommandent de masser les zones opérées pour faciliter la cicatrisation avec de l’huile de coco. Il faut donc masser 3 fois par jour avec un doigt propre et un peu d’huile de coco les plaies ce qui permet aussi de désinfecter, d’éviter que le frein se rattache.

massage pour la cicatrisation https://www.youtube.com/watch?v=62pZw0LqYv8

Exercices de remobilisation

Il y a aussi des exercices (voir plus bas) à effectuer pour que le bébé remobilise les muscles de son visage et de sa langue correctement. Il a en effet pris des réflexes musculaires qu’il doit désapprendre. La durée sur laquelle pratiquer ces exercices varie en fonction de son âge et du type du frein. Un nouveau-né aura beaucoup moins tété qu’un bébé de 2 mois donc le réapprentissage d’une succion correcte sera beaucoup plus rapide, mais il ne faut pas oublier qu’un bébé commence à téter et à mobiliser sa langue (ou non) dans le ventre de sa mère. En général, on dit que la rééducation d’un bébé prend de 3 semaines à 15 semaines. Cela varie en fonction de chaque bébé, et il est recommandé dans la semaine qui suit l’opération de voir un chiropracteur afin de soulager les tensions le frein a engendré.

 

exercices https://www.youtube.com/watch?v=-llmAhDoKno

https://www.youtube.com/watch?v=q9Io3Ush-S4

https://www.youtube.com/watch?v=R_qnkhlwl84

 

Aider bébé à recevoir du lait

Avant que le frein soit coupé, et à la suite de la freinétomie/freinectomie, il y a deux techniques de compensation pour optimiser la quantité de lait que reçoit le bébé :

–  la prise du sein asymétrique : bébé a la bouche grande ouverte, le menton dans le sein, et le nez bien dégagé. Il stimule ainsi au maximum et obtient une quantité importante de lait.

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–  la compression du sein : pour augmenter le débit de lait

et comme dit plus haut, mettre bébé au sein le plus souvent possible

Soutien

J’insiste sur cette période cruciale. On peut croire en effet que le problème va se résoudre immédiatement après l’intervention. Cela peut être le cas, mais dans la majorité des situations cela ne l’est pas. Le bébé va téter très bien immédiatement pour ensuite retrouver ses habitudes, voire téter encore plus mal, glisser sur le sein, causer de nouvelles crevasses. Et cette situation peut être déstabilisante pour la maman, qui s’attendait à des progrès immédiats et qui a les mêmes douleurs qu’auparavant et un bébé qui ne sait pas téter. Lors de cette phase, le soutien, d’autres mamans passées par là, de spécialistes de l’allaitement telles que des IBCLC, d’amis, de connaissances est crucial. Car une maman avec un bébé qui a des freins vient parfois déjà de loin lorsque son bébé se les fait couper. Lors de cette phase de réapprentissage et de rééducation, elle a besoin d’être rassurée et d’avoir l’espoir de récupérer un ‘bébé ventouse’ qui saura téter.

 

Témoignage d’une maman dont le bébé a eu une freinétomie au laser à 18 mois https://www.youtube.com/watch?v=FD0QwD2KsPY

 

Sources

En français :

https://www.lllfrance.org/1679-aa-95-freins-de-langue-freins-de-levre-des-freins-a-lallaitement

http://www.asklenore.info/breastfeeding/pdf/fr_limpact_de_lankyloglossie.pdf

https://www.orthodontisteenligne.com/enfants/frenectomie-frenotomie-et-frein-lingual/

 

en anglais :

https://themilkmeg.com/when-unexplained-breastfeeding-pain-is-an-indicator-of-tongue-and-lip-ties/

http://pediatrics.aappublications.org/content/110/5/e63

http://feedthebabyllc.com/tongue-and-lip-tie/

https://www.breastfeedingbasics.com/articles/tongue-tie

https://breastfeedingusa.org/content/article/tell-me-about-tongue-ties

http://santabarbaralactation.com/blog/tongue-tie-what-do-parents-need-know

 

 

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