Le manque de lait

 

Pour allaiter, il faut du lait. Et parfois, ça ne fonctionne pas.

Personne ne saurait trop vous dire ce qu’il se passe

Et pourtant qui n’a pas entendu : ‘j’ai plus de lait !’.

Oui mais pourquoi ?

Pourquoi ne serions-nous donc pas programmé à assurer une nourriture suffisamment abondante à nos petits en tant que mammifères ?

Il est important d’abord de s’assurer qu’il est bien d’abord question d’un manque de lait, un problème de transfert et/ou de production et non pas d’une mauvaise lecture de la situation. Un bébé qui pleure peut pleure pour beaucoup de raison. Est-ce un besoin de contact, une douleur physique, des tensions, un mal être? Des seins ‘mous’ ne sont pas non plus mauvais signe s’ils sont vidangés régulièrement. On parle de manque de lait lorsque la prise de poids n’est pas suffisante, les couches peu mouillées, le bébé déglutit peu.

Voici ici quelques causes possibles du manque de lait et de mauvaise prise de poids de bébé.  Pour toujours plus de lait c’est ici, et augmenter la prise de lait en cours de tétée ici.

Il est inutile d’adresser les causes mécaniques et physiologiques tant que la conduite de l’allaitement n’a pas été adressée. Ce sont les facteurs sur lesquels l’action est la plus évidente et efficace. Et tant que bébé n’est pas allaité à la demande et qu’il y a des interférences avec le transfert de lait, régler les causes mécaniques ne permettra pas de régler le problème.  De plus les causes physiologiques de manque de lait ne concerneraient en fait… que 5% des femmes qui allaitent ! Dans la majorité des cas de ‘manque de lait’, c’est le déroulement de l’allaitement qui est en cause.

Il est important de souligner qu’un ‘manque de lait’ peut provenir de plusieurs facteurs, qu’il est bon d’être pro active et bien renseignée, mais qu’avant d’allaiter, on ne peut quasiment jamais dire que cela ne sera pas possible pour nous, car le corps nous réserve bien des surprises et est plein de ressources.

 

 

 

 

I Interaction entre le bébé et la mère : une mauvaise conduite de l’allaitement

 

Dans ce cas-là, les obstacles au transfert et à la production de lait ne sont pas propres à la mère ou au bébé, mais au déroulement de l’allaitement.  Ce sont les facteurs du ‘manque’ de lait sur lesquels il est le plus facile d’agir.

 

  1. les rythmes et l’allaitement à la demande

Les tétées à la demande ne sont pas respectées, et le bébé est nourri toutes les 3h comme s’il était au biberon. Trop peu de stimulation signifie également la mise en place de moins de récepteurs à hormones et d’un corps qui produit moins car il reçoit moins de demandes. La mère ne reconnaît pas les signes d’éveil ou les ignore, n’offre pas les deux seins à chaque tétée. Les tétées nocturnes sont supprimées, à l’aide de différentes techniques par les parent alors qu’il y a un pic de prolactine (hormone en charge de la production) la nuit, et qu’il est crucial se réveille au moins une fois pour téter pendant la nuit, afin de maintenir une bonne lactation.  On pense que le bambin est assez grand, et n’a plus besoin de téter autant et espacer les tétées. Plus d’infos sur les rythmes ici

  1. les conseils et la culture

Les mauvais conseils qui font retarder les tétées, douter de soi (‘il pleure c’est qu’il a faim’), de ses capacités à produire (‘tu n’auras jamais assez de lait’), et modifier son comportement vis à vis du bébé : limiter la durée des tétées, les espacer, les remplacer par des biberons etc.

  1. les pratiques tue allaitement

a)biberon et compléments : une méconnaissance des rythmes de l’allaitement et des compléments donnés lorsque ce n’est absolument pas nécessaire font baisser la lactation.De plus remplacer des tétées par des tirages n’est pas un équivalent. On ne sait combien de temps bébé aurait tété, et la succion au biberon désapprend à bébé à téter efficacement.

b) l’eau et les tisanes : Donner de l’eau à un bébé allaité est inutile, risqué et nuit à la lactation, car bébé tète moins. Son estomac est rempli par un liquide non calorique et il ne va pas réclamer à téter alors qu’il a besoin d’un apport nutritionnel très important. (plus d’info ici )

c) la tétine: L’usage d’une tétine supprime des tétées et des moments de stimulation. Elle fait donc baisser la production. Même lorsque bébé ne déglutit pas, le simple fait qu’il soit au sein et envoie un message nerveux au cerveau qui déclenche une sécrétion de prolactine et d’ocytocine.

d) Les bouts de sein: ils causent aussi une baisse du transfert de lait et de la production, la stimulation du sein étant moins importante lorsqu’on allaite sans.

plus d’info sur la tétine, le biberon et les bouts de sein ici.

  1. médicaments, aliments et contraception

Certains médicaments, aliments ainsi que les méthodes de contraception hormonale peuvent causer une baisse conséquente de la production hormonale puisqu’ils agissent sur les taux hormonaux. Il est préférable d’éviter l’implant, le stérilet hormonal ou les pilules même si elles sont micro dosées lorsque l’on souhaite allaiter.

article : la contraception pendant l’allaitement.

Tant que ces motifs de manque de lait n’ont pas été explorés un à un, il est inutile de passer à la suite. Les causes physiologiques du manque de lait sont rares, et les difficultés d’allaitement sont généralement causées par le manque de connaissance et le non-respect de ce qui fait qu’un allaitement fonctionne : un allaitement à la demande, sans interaction de l’extérieur, avec une mère qui materne et écoute son bébé.

 

II Problèmes mécaniques et physiologiques chez le bébé

Les problèmes abordés ci-dessous ne sont pas irrémédiables, et aussi effrayants qu’ils puissent sembler, avec un peu d’assistance qualifiée, il est possible de remédier à plusieurs d’entre eux.

  1. Problèmes mécaniques chez le bébé

 

  1. a) Frein de langue et frein de lèvre serrés

Ils empêchent bébé de téter efficacement et de stimuler. Le bébé peut s’épuiser et téter de moins en moins, ou bien téter très souvent mais ne pas réussir à prendre du poids correctement. Le docteur Jack Newman dit qu’il faudrait que dès la naissance, que la mobilité de la langue et la souplesse des freins soient systématiquement évalués par quelqu’un de compétent car ils peuvent nuire considérablement à l’allaitement.

Article sur les freins / Dossier sur les freins

 

  1. b) Palais creux, fente labiale et fente palatine

Ces trois aspects morphologiques agissent sur la capacité du bébé ou non à créer une pression négative dans la cavité orale. Ils sont donc à prendre en compte dans le cadre de problème d’allaitement. A savoir qu’il existe des fentes palatines sous muqueuse, donc difficile à voir au premier coup d’œil.

 

  1. c) Tensions physiques, réflexes innés absents et blocages

Du fait de la position dans l’utérus restreinte ou inadaptée, d’une naissance difficile, très rapide ou bien très longue durant laquelle le bébé est resté longtemps immobilisé, résultent des tensions physiques. Ses tensions peuvent être des blocages articulaires, des dislocations, des nerfs qui ne fonctionnent pas correctement, un torticolis etc. Celles-ci affectent la succion, son efficacité mais aussi le comportement et l’état général de bébé. Il est important de s’en soucier et d’emmener bébé chez un chiropracteur formé en pédiatrie.

  1. d) retard de croissance, pathologies sévères

Un retard de croissance ou certaines pathologies peuvent occasionner une succion hypotonique et empêcher le bébé d’être capable de se nourrir seul.

 

2) Santé de bébé

  1. a) Jaunisse 

Il arrive que suite à la naissance certains bébé développent une jaunisse. Il y a différents grades et celle-ci nécessite parfois une exposition à de la lumière bleue, et dans les cas les plus sévères une transfusion. Le corps ne parvient pas à évacuer la bilirubine, et son augmentation dans le sang peut atteindre un niveau toxique pour le cerveau dans les cas les plus sévères (mais qui sont très rares). La jaunisse peut fatiguer bébé, qui réclame moins, stimule moins et s’alimente moins bien.

  1. b) les allergies alimentaires et intolérances

Une partie des protéines animales et végétales ingérées par la mère sont présentes dans le lait maternel et un bébé peut réagir à celles-ci. La réaction inflammatoire peut alors épuiser les forces du bébé. Il ne s’agit pas d’un manque de lait en tant que tel mais de la réaction qui est source de l’épuisement et de la mauvaise assimilation de l’aliment

  1. c) Infection, virus, bactéries, vers intestinaux

Un bébé peut avoir une infection urinaire, un virus, ou bien développer une bactérie qui fait qu’il s’épuise. Ses forces sont consumées à lutter contre ceux-ci. Même s’il se nourrit il peut perdre du poids, et épuisé, il tètera moins, stimulera moins et la production baissera.

  1. d) Mise en veille

Un bébé qui a peu de forces peut se mettre à téter de moins en moins. Il n’aura pas la force de réclamer, ni de téter et le sein lui sera de moins en moins proposé, la mère attendant qu’il le réclame. C’est alors un cercle vicieux. Il a peu de forces, tète moins, a encore moins de forces, et tète encore moins. Il va se mettre à dormir de plus en plus et à être de plus en plus silencieux. La prise de poids et la production vont baisser.  Il est nécessaire d’être extrêmement vigilant et de veiller à ce que son bébé tète très fréquemment et efficacement. Un bébé peut se laisser mourir de faim.

 

III Problèmes mécaniques et physiologiques chez la mère

 

Les problèmes listés ici sont des possibilités, mais en aucun cas se trouver dans une situation ci-dessous signifie qu’on aura de manière systématique des problèmes pour produire du lait. De plus, il suffit généralement que le problème de santé soit traité.

 

  1. Problèmes mécaniques chez la mère

 

  1. a) Tétons plats, ombiliqués

Alors que dans beaucoup de cas cela posera pas de souci pour l’allaitement car avec un peu de temps et des tétées le téton va se former, dans d’’autres cas des tétons plats signifient des  tissus trop  fibreux, des nerfs et glandes mammaires trop courtes, et un mauvais drainage ou un drainage impossible du sein. Des tissus cicatriciels trop importants suite à un piercing peuvent également poser ce type de souci.

Durant le troisième trimestre de grossesse, stimuler les tétons avec de la succion une seringue, la niplette de avent peut aider.

  1. b) Hypoplasie et glandes mammaires sous développées

Lors de l’adolescence, les glandes mammaires se seraient trop peu développées (mais cela n’ayant pas de lien avec la taille des seins) probablement du fait d’une exposition à des perturbateurs endocriniens. Aucun examen médical ne permet aujourd’hui de diagnostiquer l’hypoplasie et elle est évoquée en dernier recours, ou parce qu’on est pas en mesure d’identifier la cause du problème. On en formule l’hypothèse lorsque les seins n’ont pas ou peu changé lors de la grossesse et de la montée de lait.  A savoir qu’une hypoplasie n’est pas définitive, car une nouvelle grossesse et les hormones placentaires peuvent permettre de nouveaux développements de glandes mammaires.

  1. c) Chirurgie mammaire 

Une réduction ou augmentation mammaire signifie souvent moins de nerfs et de glandes mammaires ou des glandes et nerfs endommagées. Sans allaiter il est impossible de savoir l’étendue des dommages, et il est parfois possible d’allaiter au moins partiellement, voir exclusivement. Plus de temps est passé entre la chirurgie et l’allaitement, plus il y a des chances que cela fonctionne, car les nerfs se réparent doucement, et la grossesse et le placenta peuvent permettre une régénérescence.

  1. d) Accidents et blessures

Les nerfs responsables de la production de lait passent entre les vertèbres T3 et T4 pour se connecter à la moelle épinière, s’ils sont endommagés cela peut avoir des conséquences sur la production de lait.

Des accidents ou blessures au niveau des seins peuvent également avoir des répercussions.

 

 2.Santé générale de la mère, déroulement de la grossesse et de l’accouchement

Tout trouble de la santé qui agit sur les niveaux hormonaux dans le corps de la mère peut avoir des répercussions sur la production de lait. Ce n’est en aucun cas systématique, mais en cas de problème de production, ce sont des pistes qui méritent d’être explorées, et il existe parfois un traitement.

  1. a) Le placenta : insuffisance placentaire et rétention placentaire

Insuffisance placentaire : Un niveau de progestérone trop bas et la production de lait qui s’enclencherait avant l’accouchement (perte de lait importante, engorgement), un peut annoncer des difficultés de production par la suite. Le corps saute en effet des étapes, la progestérone qui devrait empêcher la production n’est pas présente, la production de lait démarre, et elle n’est pas suivie d’une stimulation par bébé. Donc à la naissance, le corps n’a pas enregistré de demande / stimulation et la production se tarit d’elle-même.

Donner de la progestérone pour permettre le développement des glandes mammaires et arrêter le processus peut être une piste, et tirer une fois que bébé est là.

Rétention placentaire : tout le placenta n’a pas été expulsé lors de l’accouchement et par conséquent le taux de progestérone est élevé et continue d’inhiber la prolactine et la production de lait.  Cela peut également causer une infection grave chez la mère. Donc retirer les bouts restants, tirer, et la production augmentera rapidement.

  1. b) Anémie et hémorragie

Anémie : une trop grosse perte de sang qui fait que le corps mobilise ses forces autrement, faiblesse générale, pâleur, extrêmités froides.

Syndrome de Sheehan : suite à une trop grosse hémorragie lors de l’accouchement, la glande hypophyse n’assure plus ses fonctions

 

  1. c) Pathologies qui affectent le fonctionnement hormonal

Rappel : toutes les causes citées ci-dessous n’ont pas empêché de très nombreuses mères d’allaiter longtemps et d’avoir du lait en abondance, elles sont donc à explorer uniquement en cas de problèmes avérés, et avec un traitement adapté, la situation s’améliore.

L’obésité qui freine le développement des glandes mammaires pendant l’adolescence et qui peut aussi indiquer des troubles hormonaux sous-jacents non diagnostiqués.

Les diabètes 1 et 2 qui peut interagir avec le travail hormonal du placenta qui pendant la grossesse permet aux glandes mammaires de se préparer à l’allaitement, et ensuite avec la mise en place de récepteurs hormonaux.

Problèmes de thyroïde (hypothyroïdie et hyperthyroïdie, thyroidite): le fonctionnement de la thyroïde est liée à la production d’hormones et les hormones à la production de lait donc si les taux ne sont pas normaux cela peut causer des problèmes, donc traiter, et insister auprès des docteurs.

L’infertilité a des répercussions sur les taux hormonaux

La ménopause et périménopause supposent un manque de lait.

Ovaires poly kystiques : qui peuvent induire un mauvais développement des glandes mammaires

Des kystes ovariens peuvent causer des troubles hormonaux

Règles : lors des cycles de nombreuses femmes notent une baisse temporaire.

  1. d) une nouvelle grossesse

Dans la majorité des cas, une nouvelle grossesse occasionne une baisse de la secrétion lactée, et si le bébé a moins d’un an, une complémentation est nécessaire.

 

IV Causes morales

L’état psychique de la mère, une dépression, un stress intense peuvent jouer sur la lactation.

La production de lait est un processus hormonal, et les émotions interagissent avec les hormones. Par exemple, si son taux est élevé, le cortisol (hormone du stress) peut bloquer le réflexe d’éjection en agissant de manière négative dans l’équilibre cortisol-ocytocine.

 

1) Vécu de la grossesse et de l’accouchement

si la grossesse et l’accouchement se sont déroulés dans de mauvaises conditions, ce vécu peut réveiller d’anciens traumatismes et jouer sur l’état général de la mère et sa production de lait. (cf stress post traumatique)

 

2) vécu de l’allaitement et douleurs 

Un allaitement qui se passe dans de mauvaises conditions telles que des douleurs, sensations désagréables lors de la tétée est un facteur de stress pour la maman. Elle se met à redouter les tétées, à tenter les espacer, le réflexe d’éjection peut être inhibé, la production baisser.

 

3) Pression sociale et reprise du travail

Le regard des autres, le manque de soutien, le manque de repos, les tâches ménagères qui s’empilent, les aînés, la reprise du travail etc. La mère a parfois l’impression qu’elle n’a pas le temps et est ‘coincée’ par tous ses devoirs. Cela fait augmenter la sécrétion de cortisol.

 

4) deuil et chocs émotionnels

La perte d’un proche, l’annonce d’une nouvelle stressante, d’importants changements, peuvent aussi jouer sur les taux hormonaux, la santé de la mère et donc la production de lait.

 

 

Il est important d’aider la mère à avoir une image positive d’elle-même, de son histoire, du lien qu’elle a avec son enfant. Qu’elle s’aime et se sente aimée. Elle a besoin de soutien, d’un environnement favorable à l’allaitement, d’aide concrète (de l’ami qui apporte des repas au professionnel qui aidera pour les douleurs), d’une écoute attentive (connaissance et/ou professionnel).

Identifier les problèmes permet de trouver des solutions dans le meilleur des cas, et dans le pire de comprendre ce qu’il se passe.

 

Pour avoir plus de lait

Pour augmenter la prise de lait en cours de tétée

 

 

Sources : Making more milk, Diana West / http://www.makingmoremilk.com/

 

Liens sur le manque de lait comme mythe culturel

http://www.claude-didierjean-jouveau.fr/2017/02/21/peut-on-manquer-de-lait/

https://lesvendredisintellos.com/2013/02/16/manque-de-lait-quand-la-realite-depasse-le-mythe/

 

Allaiter après une réduction mammaire

https://www.allaitementpourtous.com/allaiter-suite-agrave-une-chirurgie-mammaire.html

 

Syndrome de Sheehan https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S075076580400098X

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